Nouvelles


2018-02-22

Les 25 ans de Drogue : aide et référence

 

Allocution de Madame Louise Nadeau

Présidente d'honneur 

Journée Conférence : La législaton du cannabis/Saisir les enjeux

Le 20 février 2018

 

Monsieur André Meloche, Madame Gagné, chers collègues, chers amis

 

Tout d’abord, grand merci de l’honneur que vous me faites de présider cette journée. Cela m’a fait chaud au cœur lorsque la directrice générale, Madame Pierrette Gagné, m’a proposé de participer à cette journée. Nous sommes ici pour mieux comprendre les enjeux liés à la légalisation du cannabis. Mes collègues tout au long de la journée sauront mieux que moi vous informer des enjeux mis en cause dans les profonds changements qui vont survenir à l’automne dans la gestion du cannabis. Ce sont eux les grands experts.

Pour ma part, j’aimerais vous parler de Drogue : aide et référence du Centre de référence du Grand Montréal et de la dette de reconnaissance du Québec vis-à-vis cette ressource. Commençons par un peu d’histoire. En 1990, le Groupe de travail sur la lutte contre la drogue publiait son Rapport. Ce Groupe de travail, dont je faisais partie, avait eu comme mandat de dresser un portrait de situation de la toxicomanie dans toutes les régions du Québec. Une des recommandations du Rapport avait pour objet la création d’une ligne téléphonique 24/7 pour tout le territoire québécois. En 1992, la ligne a été créée et, depuis 25 ans, ce sont plus de         630 000 personnes qui ont fait appel à ce service, comme l’a rappelé Madame Gagné dans son allocution.

Ce Groupe de travail était le premier auquel j’ai participé. Depuis, j’ai été membre ou dirigé à deux autres groupes de travail liés soit à un premier ministre soit à un ministre. Or, la seule recommandation qui ait vraiment été suivie de toutes les multiples recommandations qu’on a pu faire dans ces trois rapports est celle de cette ligne  téléphonique 24/7 dans tout le Québec. Je ne m’attribue pas le succès de Drogue : aide et référence, loin de là : tout le succès va à cette fabuleuse équipe, à ses dirigeantes et à son travail incessant. Mais, force m’est de constater que l’idée était bonne que des personnes clé ont su en faire un fabuleux succès. Et cela me fait chaud au cœur et l’ampleur de cette réussite me console de tous mes autres insuccès. Voyons voir ce qu’est Drogue : aide et référence.

Tout d’abord, Drogue : aide et référence est accessible. À toutes les heures du jour et de la nuit. S’il y a attente, c’est une question de minutes. Pas de quatre, cinq ou six mois. Vous ne me croyez pas. Vous pensez que vos oreilles bourdonnent ? Je vous comprends. Je répète : voici un service accessible, jour et nuit.

J’ajoute une autre information. Vous n’attendez pas et une vraie personne vous répond. Et cette personne est fine. Exactement cela : la vraie personne au bout du fil est aimable, et vous n’avez pas l’impression qu’il faut qu’elle passe vite à un autre appel, que votre temps est compté et qu’il vous faut raconter une histoire compliquée en trois minutes. Vous pensez que vous avez une hallucination auditive. Je vous comprends. Mais, je répète : vous n’attendez pas et une vraie personne vous répond. Et cette personne est à l’écoute. Il vous semble que vous n’y pensez pas bien et vous vous trompez vous-même. Je vous comprends.

En outre, cette vraie personne au bout du fil répond à votre demande. De fait, la personne cherche à comprendre ce que vous, personnellement en personne, avez besoin. Bref, cette personne prend le temps de vous écouter et elle répond à votre demande. Vous n’en croyez pas vos oreilles. Moi, non plus. C’est pour cela que j’ai appelé pour voir si c’était vrai. Or, c’est vrai.

Ensuite, cette personne vous propose une réponse adaptée à votre demande. Si vous avez besoin d’information, alors on vous donnera une information à jour, scientifique, sur les conséquences de l’usage et de l’abus d’alcool, de drogues ou de médicaments. Si vous avez besoin de connaitre les ressources disponibles dans votre région, alors on vous donnera cette information. Je comprends que vous vous ayez de la difficulté à comprendre qu’un service d’une telle qualité existe. Mais, c’est exact et le service dessert gratuitement tout le territoire du Québec. Je vais ici m’abstenir de faire toute comparaison. Reconnaissons simplement que ce service est efficace.

De fait, la vraie première ligne de notre service de santé en matière de dépendance, elle est faite par Drogue : aide et référence. Les données sont très claires. Les derniers rapports  du Centre de référence du Grand Montréal indiquaient que 15 000 personnes font appel à ce service chaque année. Les besoins des appelants sont variés. Par exemple, en 2014-15, c’est plus de 1 000 appelants qui étaient préoccupés par la comorbidité – une consommation excessive de substance et une détresse psychologique qui atteignait le niveau clinique. On se rappelle que les substances servent souvent d’automédication et que par ailleurs l’usage excessif des drogues est aussi relié à l’apparition de troubles mentaux. Ce premier appel est souvent le début d’une démarche pour les personnes elles-mêmes ou les proches. Or, ce premier pas est souvent le début d’une prise de conscience qu’il faut faire quelque chose. Ce premier pas pour plusieurs s’avère déterminant.

On note aussi que 567 appelants avaient besoin d’un hébergement et 261 qui se trouvaient dans une situation de crise psychosociale. Il s’agit là d’un autre type de demande, très ancré dans l’organisation de sa vie. Pour plusieurs personnes dans cette situation, c’est comme s’il n’y avait plus de solutions. Parler à une personne qui en propose permet de penser qu’il y a une lumière au bout du tunnel, qu’un peu d’espoir est permis. Il faut ajouter près de 200 appelants qui avaient des idéations suicidaires, que la prise de toxiques rend encore plus sérieuses. Il ne faut pas sous-estimer l’effroyable sentiment de solitude chez les personnes qui pensent à s’enlever la vie et la différence que peut faire, dans ces moments, une personne qui comprend, qui parle et qui donne le courage de continuer. À cela s’ajoute les problématiques de violence et la comorbidité liée au jeu et à la toxicomanie. Plus de 15 000 personnes ont appelé. C’est près de 300 appels par semaine, entre 40 et 45 appels par jour. Personne dans la salle ne peut en faire autant. Un tel bilan signale que Drogue : aide et référence répond à un besoin pressant dans la population de tout le Québec.

Dans les faits, les intervenants répondent à différents types d’appels, évaluent les besoins des appelants et cherchent quelles pourraient être les interventions et références appropriées. Leur marque de commerce est le discernement et la créativité. Confrontés à des demandes très diversifiées, l’équipe essaie de trouver des solutions rapides. La grande règle est de ne pas s’énerver, puis donner l’information qui peut aider. Il y a aussi dans Drogue : aide et référence une certaine humilité. Éthiquement un service téléphonique anonyme peut offrir une écoute active, des informations pertinentes, une connaissances des ressources qui milieu.  Ce n’est pas un service d’évaluation des troubles mentaux ou de psychothérapie. Drogues : aide et référence ne fait ni diagnostic ni traitement. Ce service de référence fait exactement cela : soutenir, informer, référer avec une bienveillante neutralité. C’est une vraie première ligne qui sert un peu de triage et surtout de soutien.

Pour les personnes en détresse qui ressentent la solitude et la honte avec une grande intensité, le fait de pouvoir parler à quelqu'un en toute confidentialité peut faire toute une différence. Parce qu’il y a au bout du fil des personnes compétentes, bien formées, empathiques tout en étant capables de mettre des limites. Il nous reste à souhaite que ce service de qualité soit plus connu, plus et mieux utilisé. Et que l’État continue de soutenir ce bijou de notre système de santé.

Avant qu’on ne passe au cannabis et à ses promesses d’états altérés de conscience, il me reste à vous rappeler le travail remarquable de Madame Pierrette Gagné et de toute son équipe et le soutien que le Conseil d’administration apporte à DAR. Je m’en voudrais de ne pas rappeler l’apport inestimable de Madame Lorraine Bilocq Lebeau qui a été l’âme de Drogue : aide et référence pendant de nombreuses années. Je l’ai connue lorsque j’ai travaillé au CA du feu Centre Dollard-Cormier, devenu depuis le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal, lorsque ce centre était dirigé par Pierre Lamarche. Madame Lorraine Lebeau nous a tous appris ce que c’était que d’être vraiment au service d’une population cherchant toujours à mieux répondre aux besoins de cette population. Le bien commun, l’intérêt général de la population était au centre de tout son travail. Elle ne peut être avec nous et nos meilleurs vœux l’accompagnent.

Je pense aussi à Roger Monette qui nous a malheureusement quitté jeudi dernier  et qui a été une figure marquante à DAR.

Puis, j’ai eu le bonheur de partager une même résidence avec Hélène Hamel en France, au moment où nous étions toutes les deux en stage au Centre Hospitalier Charles Perrens à Bordeaux, en France. Dans le cas d’une telle cohabitation, ou bien ca passe ou bien ca casse. Dans mon cas, j’ai développé pour Hélène un respect qui ne s’est jamais démenti et j’ai été heureuse de la savoir à Drogue : aide et référence.

Nous célébrons aujourd’hui un moment heureux dans notre système de santé. 25 ans plus tard, Drogue : aide et référence continue de répondre aux besoins de la population et ce, jour et nuit. Parfois, les appelants veulent une simple demande d’information, parfois les appelants vivent au contraire une grande détresse. Parfois, la réponse va permettre de solutionner un problème ; parfois, le problème est tellement gros que le service offert n’apportera pas de grande différence. Dans tous les cas cependant, la personne qui appelle sait qu’il y a une vraie personne au bout du fil et que cette personne fera tout en son possible pour améliorer la situation. Ne vous demandez pas pourquoi j’ai été si honorée qu’on pense à moi pour cette journée : pour plusieurs appelants, Drogue : aide et référence assure depuis 25 ans un service convivial qui est le premier pas vers la solution d’un mieux être.

Et maintenant, place aux intervenants sur le cannabis et ce projet de légalisation.


Fermer